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Reportage

Dans les camps de Tindouf, 158 000 Sahraouis attendent depuis trente ans un
avenir qui ne vient pas

LE MONDE | 13.02.08 | 14h56 • Mis à jour le 13.02.08 | 14h56

TINDOUF (SAHARA ALGÉRIEN) ENVOYÉE SPÉCIALE




oilà trente ans qu'ils attendent. Trente ans dans ce désert inhospitalier de
sable et de rocaille, situé dans le sud-ouest de l'Algérie. Quand ils sont
arrivés ici, fuyant l'avancée des troupes marocaines, dans la foulée de la
"marche verte" lancée par le roi Hassan II, en novembre 1975, ils
n'imaginaient pas que leur exode s'éterniserait. La question du Sahara
occidental, c'est avant tout un drame humanitaire. Pas une famille, ici, qui
n'ait un parent "de l'autre côté", dans l'ex-colonie espagnole occupée par
le Maroc.




Pour tenter de se recréer un semblant de terre natale, ces 158 000 réfugiés
sahraouis ont donné à leurs cinq campements les noms des principales
localités du Sahara occidental : El-Ayoun, Smara, Dakhla... Ils vivent dans
des masures de pisé - qui s'écroulent en cas de pluies diluviennes comme il
en arrive parfois dans le désert - et des tentes de toile. Chaque famille
s'est bricolé un petit enclos de tôles et de bidons rouillés dans lequel
elle a installé sa seule richesse : une ou deux chèvres, ou un mouton. Pour
le reste, les réfugiés sahraouis ne subsistent que grâce à l'aide
internationale (Programme alimentaire mondial, Union européenne, ONG...)

Nourriture, vêtements, médicaments... Tout leur vient de dons, beaucoup en
provenance d'Espagne. Pas d'eau courante. Les habitants se ravitaillent dans
de petites citernes en zinc, alimentées chaque jour par camions. Quant à
l'électricité, ils la tirent de panneaux solaires installés sur le sol. Le
soir, il faut choisir : soit s'éclairer, soit regarder la télévision. Il est
rare de pouvoir faire les deux en même temps.

La vie dans ces camps de Tindouf est incroyablement dure. Il y fait froid
l'hiver - la nuit, le thermomètre descend souvent en dessous de zéro - une
chaleur écrasante l'été (50 degrés à l'ombre). Les vents de sable rendent
l'atmosphère irrespirable. Mais le pire, pour tous ces réfugiés sahraouis,
c'est l'attente.

"Ils espèrent un avenir qui n'arrive pas. Ils vivent ce que j'appelle le
"stress de l'attente". Tous en sont très marqués psychologiquement",
explique Salah, jeune médecin d'une trentaine d'années, qui travaille dans
le petit hôpital de "Smara". Un hôpital presque neuf, financé par une ONG
italienne, mais démuni de tout.

Tout en préparant le thé sur un petit réchaud posé à même le sable, Fatma,
mère de sept enfants dont la dernière a 5 ans, raconte sa vie d'une voix
monocorde et fatiguée. "Nous ne pensons qu'à retourner dans notre pays et à
être indépendants. Pourquoi souffrons-nous autant ? Il faut que les
étrangers nous aident ! Ne pourraient-ils pas convaincre le Maroc que le
Sahara occidental ne lui appartient pas ?" supplie-t-elle en arabe, les
larmes aux yeux.

POURPARLERS DANS L'IMPASSE

Abdelkhader Taleb Omar, premier ministre de la République arabe sahraouie
démocratique (RASD) et membre de la direction du Front Polisario, déplore
que l'ONU n'exerce pas de "pressions suffisantes" sur le royaume chérifien
pour faire appliquer le droit international. Autrement dit, pour imposer un
référendum d'autodétermination au Sahara occidental et rejeter le "diktat"
de Rabat, qui n'envisage que l'autonomie, en aucun cas l'indépendance. "La
communauté internationale doit-elle accepter la politique du fait accompli
?" s'interroge Taleb Omar, avant d'avouer son amertume face à la France,
coupable de favoriser l'intransigeance du Maroc.

L'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, en mai 2007, avait soulevé de
grands espoirs au sein du Front Polisario. Le mouvement indépendantiste
voyait dans le nouveau locataire de l'Elysée un homme capable de prendre ses
distances avec le roi Mohammed VI et de faire avancer le dossier du Sahara
occidental. Mais le discours de M. Sarkozy, fin octobre, devant le Parlement
de Rabat, se ralliant au plan marocain d'autonomie et excluant toute idée
d'indépendance, a fait l'effet d'une douche froide. "Nous n'attendons pas de
la France qu'elle prenne parti pour nous. Nous lui demandons simplement
d'être équilibrée et de respecter la légalité internationale", plaide encore
le premier ministre de la RASD. "Au Kosovo, on parle d'indépendance. Le
Timor, lui, nous a coiffés au poteau ! Mais le monde ferme les yeux sur la
question du Sahara occidental. Pour les Sahraouis, c'est une injustice
criante !" s'exclame, de son côté, M'Hamed Khadad, l'un des principaux
artisans des négociations de Manhasset (New York), qui devraient reprendre
le 11 mars sous l'égide des Nations unies.

Optimiste ? La direction du Front Polisario ne l'est pas, à la veille de ce
nouveau round. Jusque-là, les pourparlers n'ont pas permis de sortir de
l'impasse. Et pendant ce temps, la jeune génération sahraouie réclame avec
de plus en plus d'insistance à ses aînés de reprendre la lutte armée contre
le Maroc. C'est la seule façon, fait-elle valoir, de se faire enfin entendre
de la communauté internationale...



Florence Beaugé

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L'émissaire de l'ONU en tournée dans la région

L'envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU, Peter Van Walsum, a
déclaré, lundi 11 février à Alger, qu'il n'y avait "pas encore de solution"
au conflit du Sahara occidental, à l'issue d'une réunion avec le ministre
algérien des affaires étrangères, Mourad Medelci.

M. Van Walsum effectue actuellement une tournée dans la région. Il s'est
déjà rendu au Maroc et dans les camps Sahraouis de Tindouf. Mardi et
mercredi, il était en Mauritanie, dernière étape de son périple. Depuis juin
2007, Peter Van Walsum a supervisé trois séries de négociations directes
entre le Maroc et le Front Polisario, à Manhasset, près de New York.

L'envoyé de l'ONU a affirmé qu'il ne "voulait pas donner de faux espoirs que
tout va s'arranger au quatrième round" de pourparlers, qui se tiendra du 11
au 13 mars.L'Algérie et la Mauritanie assistent à ces négociations en tant
que pays voisins du Maroc et du Sahara occidental.



Article paru dans l'édition du 14.02.08